Exposition ‘‘Pompidou Circus » – Camion musée MuMo
« Musée mobile, exposition itinérante » : comment ne pas songer aux artistes ambulants, forains et circassiens ?
Une exposition imaginée par Anne Lemonnier ; attachée de conservation, Collections modernes, Centre Pompidou – Musée national d’art moderne.
Exposition ‘‘Pompidou Circus » – Camion musée MuMo
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Description
Toujours reprendre la route, établir un campement pour quelques jours à peine : le cirque choisit l’éphémère comme mode de vie et l’infini comme horizon. Quant au public, par la grâce d’un spectacle de fortune, il laisse dériver ses pensées ; il abandonne ses postures, ses certitudes et ses discours au vestiaire. Ce qui se joue sur la piste l’emmène ailleurs. Au pays de l’étrangeté et de l’enfance, du rire et des rêves. Ailleurs entre le réel et l’illusion, entre l’évidence et la fantasmagorie.
Le monde du cirque et celui de l’avant-garde artistique de Montmartre, dans les années 1900, sont étroitement liés. Le cirque Medrano dresse son chapiteau au pied de la butte, et nombreux sont les peintres qui le fréquentent. Mais plutôt que les feux de la piste, c’est l’envers du décor qu’ils retranscrivent : la pauvreté, la solitude, l’errance. Ils se placent ainsi dans une lignée poétique, celle de Charles Baudelaire, dont l’écriture est habitée par les figures du vagabond et du saltimbanque, ceux qu’il nomme « La tribu prophétique aux prunelles ardentes » (« Bohémiens en voyage », Les Fleurs du mal). Guillaume Apollinaire développe cette veine mélancolique à sa suite, avec ses arlequins « frôlé[s] par les ombres des morts », passeurs vers l’au-delà (« Crépuscule », Alcools). Personnage marginal par définition, entre sublime et grotesque, enchanteur et bouffon, le clown est souvent perçu par les artistes comme un alter ego.
« Le choix de l’image du clown n’est pas seulement l’élection d’un motif pictural ou poétique, mais une façon détournée et parodique de poser la question de l’art. […]. La critique de l’honorabilité rangée s’y double d’une autocritique dirigée contre la vocation esthétique elle-même. Nous devons y reconnaître l’une des composantes caractéristiques de la ‘modernité’, depuis un peu plus d’une centaine d’années. »
Jean Starobinski, Portrait de l’artiste en saltimbanque (1970)
Aux côtés du clown, entrent sur la piste un dresseur de fauves, un avaleur de sabres, un prestidigitateur, des écuyères et des jongleurs… Parmi ce cortège de personnages hauts en couleurs, l’acrobate est un sujet privilégié. Que les artistes travaillent en gouaches découpées, comme Henri Matisse, ou bien qu’ils peignent d’un geste vif, comme Raoul Dufy, il s’agit pour eux de transcrire l’énergie, la souplesse, la virtuosité des corps déployés dans l’espace. Dans ces œuvres, les formes se nouent et se dénouent, s’engendrent et se métamorphosent. Et dans les affiches sur fond noir de Roman Cieslewicz, les acrobates, lancés dans l’espace, captés par un rai de lumière, deviennent de purs signes graphiques, fulgurants dans l’obscurité.
« Mais, dis-moi donc, qui sont ces errants, un peu plus fugitifs encore que nous-mêmes ? Pour l’amour de qui une volonté jamais assouvie les pousse et les presse de bonne heure ? Elle les essore, les tord, les enlace et les lance, les jette et les rattrape. Et ils retombent d’un air huilé et plus lisse sur le tapis râpé par leur saut infini, tapis perdu dans l’univers […]. Ah, et autour de ce centre, la rose du regard fleurit et s’effeuille. »
Rainer Maria Rilke, La Cinquième élégie de Duino (1922)
Situation
Tarifs
Gratuit.
Ouverture
Samedi 9 mai 2026 de 10h à 13h et de 14h30 à 16h30.
A Proximité
Exposition ‘‘Pompidou Circus » – Camion musée MuMo
Place du Tampinet
04000 Digne-les-Bains
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Exposition ‘‘Pompidou Circus » – Camion musée MuMo


